Jean Faucheur est né à Neuilly-sur-Seine en 1956. Diplômé de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, dont il sort major, il est également lauréat en 1985 de la Villa Médicis « Hors les Murs » pour une résidence à New York.
Au début des années 1980, il fait partie de ceux qui vont profondément modifier la relation entre l’art et la ville. En 1983, il réalise d’immenses peintures sur papier, de 4 × 3 mètres, qu’il colle sur les panneaux publicitaires de la Ville de Paris. Il détourne leur fonction et invente une nouvelle manière d’exposer : ses peintures sont dans la rue, offertes au regard de tous, mais destinées à disparaître. Il sera l’un des précurseurs de ce que l’on appellera alors les « Médias Peintres ».
En 1984, il fonde avec plusieurs artistes « Les Frères Ripoulin ». L’année suivante, invité à New York par le galeriste Tony Shafrazi, il y rencontre notamment Keith Haring, Kenny Scharf et Futura 2000. Il y poursuit ses recherches sur la peinture et l’espace public. À son retour, son travail est repéré par Agnès b., qui lui consacre plusieurs expositions et constitue au fil des années l’une des plus importantes collections de son œuvre.
Jean Faucheur ne restera pourtant jamais là où on l’attend. Après ses premières expériences urbaines, il se tourne vers la sculpture, la photographie, la peinture, puis la vidéo. Il expérimente, abandonne une piste, en ouvre une autre. Il n’existe pas de « style Jean Faucheur » immédiatement reconnaissable. Dès que l’on croit avoir compris où il se trouve, il est déjà ailleurs.
Cette impossibilité de le réduire à une manière ou à une technique est sans doute l’un des traits les plus constants de son travail. Faucheur cherche. Il creuse une idée jusqu’au bout, qu’elle aboutisse ou non, puis repart. Il refuse les facilités, la répétition et les recettes qui pourraient pourtant lui permettre de s’installer dans une œuvre reconnaissable. Il a besoin de se mettre en danger, de suspendre ce qu’il vient de comprendre pour recommencer à explorer.
Mais son parcours est aussi celui d’un artiste profondément tourné vers les autres. C’est peut-être même ce qui le caractérise le mieux. « Les Frères Ripoulin », « Une Nuit », « Le M.U.R. », puis la Fédération de l’Art Urbain, qu’il contribue à créer en 2018 et qu’il préside : les projets collectifs occupent une place considérable dans son histoire. Jean Faucheur a consacré une énergie immense à faire exister les œuvres et les artistes autour de lui, à créer des espaces, des occasions, des rencontres et des moyens de montrer. Souvent au détriment de son propre travail.
Cette générosité explique aussi une partie du paradoxe Faucheur. Il est profondément respecté par ses pairs, admiré par plusieurs générations d’artistes et pourtant demeure relativement en marge du marché de l’art. Il est difficile à saisir parce qu’il n’est pas un carriériste. L’argent ou la reconnaissance n’ont jamais été ses moteurs. Il a préféré les chemins de traverse, les expériences et la recherche à la consolidation d’une image.